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Archive for octobre 2008

Vicky Cristina Barcelona

«Ce n’est pas son meilleur film», «ce n’est pas un chef d’œuvre, mais…», «il est pas mal» sont les expressions tièdes et dubitatives qui reviennent le plus souvent en ce qui concerne les films de Woody Allen ces dernières années. Il existe des hauts (Match Point) et des bas (Le rêve de Cassandre) mais on est très loin de la fraîcheur de la fin des années 70 et de la maîtrise cinématographique des années 80. Et ce n’est pas la bancale Vicky Cristina Barcelona qui arrangera l’affaire. Loin de là…

Je ne vous ferais pas l’affront de vous raconter (encore) l’histoire; qu’il suffise de dire qu’on assiste encore aux déboires amoureux de deux couples avec, comme toile de fond, l’éternelle question du mariage, de la loyauté et de l’infidélité. Mais si les intrigues raffinées et machiavéliques de l’aristocratie londonienne pouvaient apporter une vision désaxée et plus ludique de ce thème ressassé à souhait dans ses films antérieurs, Woody Allen peine énormément à trouver la clef en ce qui concerne le fougueux couple Bardem-Cruz.. Si le cinéaste new-yorkais excelle à rendre les subtilités de la psychologie d’un intellectuel névrosé et cérébral de Manhattan, il semble perdu face à des personnages plus impulsifs et irréfléchis. Un peu comme si Almodovar se mettait à faire du Bergman. Malgré l’excellente interprétation des deux acteurs espagnols (qui jouissent des rares répliques amusantes du film), le scénario décousu et la légèreté de la mise en scène font que l’on ressort du cinéma aussi ignorant qu’avant sur les ressorts de l’amour (faute grave chez Allen…). 

Les clichés défilent aussi vite que le film s’embourbe. Après les hordes de jeunes fêtards à la recherche de leur chimérique Auberge Espagnole, il ne serait pas étonnant de voir les bars se remplir de dragueurs tentant leur chance avec des couples de jeunes femmes à la façon de Bardem avec Vicky et Cristina. La femme «sensible» (qui pleure en écoutant la guitare) marié a l’américain matérialiste de base (qui ne parle évidement que d’ordinateurs et de maisons) sont autant de caricatures qui transforment une virtuelle palette de sentiments en traits grossiers esquissés à la va vite.        

Si l’on rajoute à cela la triste ferveur nationale ambiante et l’étrange impression de devenir un touriste japonais de passage à Barcelone qui écouterait la voix off comme le guide du Bus Turistic, on se dit presque que ce qu’il y a de meilleur est ce dont on parle le moins : Rebecca Hall et Oviedo. Le film aurait mieux fait de s’appeler «Vicky Maria Elena Oviedo». Malgré tout, «il est pas génial, mais bon… ».

 

Réalisateur : Woody Allen

Genre : Comédie

Acteurs : Scarlett Johansson, Javier Bardem, Penélope Cruz, Rebecca Hall.

Durée : 97 min             

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Voilà ma critique complète de Vicky Cristina Barcelona:

« Vicky Cristina Barcelona: un guiri de luxe dans la capitale catalane »

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Une série qui a fait scandale aux Etats-Unis, ne serait-ce qu’un petit peu, part déjà avec quelques longueurs d’avances sur ses concurrentes, surtout en Europe. Mais la vérité est qu’on est encore très loin de pouvoir faire des séries avec unetelle liberté de ton et de scénario sur le vieux continent. Et c’est pas le comissaire Cordier, son collègue Moulin ou même le Grand Journal ou Kaamelott qui vont changer l’affaire.

L’histoire est simple : Hank Moody (un très grand David Duchovny) est un romancier en panne d’inspiration qui a connu naguère un énorme succès avec un livre qui a été lamentablement adapté au cinéma. Séparé de la mère de sa fille, Karen, (Natascha McElhone) pour laquelle il a encore des sentiments, il est aussi accro aux femmes et aux drogues et ne peut s’empêcher de dire la vérité, souvent de manière drôle et crue.

On ne va pas tarder à crier au cliché et on n’aura pas tort. L’écrivain devant la page blanche, séducteur parce désespéré, cynique et nihiliste. Tout ça serait bien plat si les scénaristes ne réussissaient pas à nous faire entrer dans les phantasmes et les contradictions du héros. Or ils y arrivent et il y en beaucoup et de très drôle. Tout ça sans compter la très grande performance de Duchovny qui est passé de chercher des extraterrestres a en paraître un. D’accord ça ne rendra meilleur personne et ça ne donne pas beaucoup à réfléchir, mais c’est assez tordant et la façon dont Hank se retrouve dans des situations embarrassantes et, surtout, comment il les gère est bien réussi. De grandes répliques, des vrais problèmes de je m’en foutiste et une panoplie de personnages assez justes (la fille de Hank, Becca, adolescentes rebelles et punk qui passe son temps à donner la réplique ou des conseils à son père ou Marcy, la femme de Charlie, le meilleur ami et éditeur de Hank, qui voit tout ça avec un peu de distance.

Que les plus pudibonds ne s’inquiètent pas ; ça commence avec beaucoup de seins et de baise mais une fois que le public est con-quis (car c’est le but), ça se calme énormément. De fait, sous la couche de sueur, poils et autres fluides corporels (et il y en une bonne collection) la première saison est en fait une inoffensive dose de moralité et de mièvrerie que l’on consomme inconsciemment. Car le but final pour Hank reste quand même de récuperer la femme qu’il aime encore. Heureusement pour cela il va faire beaucoup de conneries et rencontrer beaucoup de gens mais bon, c’est un peu le but non ?

Pour:    Ceux qui aiment des scènes de culs, des corps nus et des personnages un peu

              perdus

              Ceux qui aiment les grandes histoires d’amour (pas conventionnelles il faut le

               préciser)

               Ceux qui aiment la sonorité et l’infinie variété des gros mots en anglais. C’est tout        

               Un art dans cette série (à voir obligatoirement en Vostfr bien sûr)     

 Contre:   Ceux qui en ont marre des clichés de l’artiste perdu qui est sauvé par le vrai amour

               et dans le fond souffre enormement d’avoir toutes les femmes qu’il veut une belle

               maison, beaucoup d’argent et du temps pour devenir con.

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Hulk

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Un homme transformé en super héros à cause d’une erreur scientifique, une vie dans l’ombre et la clandestinité, une histoire d’amour qui transcende toutes les apparences extérieures, des affrontements spectaculaires à répétition…tous les ingrédient du film de super héros, dans la ligne actuelle de Iron Man, X-Men ou Batman, sont ici réunis pour passer deux petites heures agréables. Et le film ne cache pas ses intentions commerciales et divertissantes étant donné qu’une première version de Hulk avait déjà vu le jour en 2003 de la main de Ang Lee. Un accueil mitigé de la part des spectateurs et une réalisation plutôt esthétisante et psychologique ont convaincu Marvel (la marque de comics qui a vu naître une grande partie des super héros qui refont aujourd’hui surface) de retenter l’expérience pour essayer de faire de Hulk une marque de fabrique avec ses produits et ses prolongements sériels. Ainsi les deux versions se recoupent largement, même si ce nouvel opus passe assez rapidement sur les causes du pouvoir de Hulk (une surexposition aux rayons gamma quand il était chercheur pour les militaires du gouvernement) grâce à un résumé initial sous forme de montage ultra rapide au rythme d’une musique toujours in crescendo. On passe aussi d’une ravissante Jennifer Connelly à une charmante Liv Tyler dans le rôle de Betty Ross, la bien-aimée de Bruce Banner (alias Hulk) interprété ici par le talentueux Edward Norton. Un casting de luxe où seul la présence de Tim Roth reste discutable tant on l’imagine mieux en antihéros inquiétant et sournois (voir Little Odessa ou Funny Games U.S) qu’en militaire d’origine russe transformé en « Abomination ».

Car on en oublierait presque l’histoire, d’une simplicité en accord avec le genre : Bruce Banner vit caché pour tenter de trouver un remède à sa puissance incontrôlable, mais le Général Ross (père de la belle Betty) réussit à le retrouver et engage, entre autre, un mercenaire de haut niveau, Blonsky (Tim Roth) pour le ramener. Celui-ci a droit à une injection du produit qui a transformé Banner en Hulk pour que la lutte soit plus équitable. Mais, évidemment, les choses dégénèrent et la poursuite finira par un affrontement entre le Bien (Hulk) et le Mal (l’Abomination-Blonsky). Un croisement de la Belle et la Bête, King Kong et Astérix (pour la potion) qui n’apporte pas grand-chose par rapport aux autres films récents. Ce n’est pas un hasard si le scénariste de Hulk est Zak Penn à qui on doit aussi X-Men 2 et X-Men l’affrontement final.

Mais comment différencier et évaluer vraiment les différentes offres ? Le jeu d’acteur n’est pas vraiment au centre des préoccupations dans ce genre de films et le niveau des effets spéciaux n’a de cesse d’augmenter, atteignant rapidement un niveau qui transforme le produit en un exercice de style visuellement impeccable pour un spectateur lambda. Comment les départager alors ? En tenant compte du fait que nombreux de ces films intègrent une structure narrative semblable (introduction, un ou deux combats préliminaires, poursuite et face-à-face final), une méthode possible peut consister à ausculter les minimes variations. Par exemple, le niveau d’humour et d’autodérision, la beauté et l’originalité des endroits de lutte ou la vraisemblance et l’émotion de la bataille finale. Sur ces points, Hulk remporte un vrai succès pour le premier affrontement qui a lieu dans une incroyable favela brésilienne, un bon point pour son humour et sa légèreté (avec une fin bien trouvée) et une franche désillusion pour l’affrontement final, dont l’excès, l’invraisemblance et la froideur (comme c’est d’ailleurs souvent la cas dans ces films) nous laissent un « mal sabor de boca ». Un film estival, à voir si la chaleur devient trop pressante et qu’on cherche un peu d’air conditionné.      

 

Réalisateur : Louis Leterrier

Genre : Science Fiction, Aventures

Acteurs : Edward Norton, Liv Tyler, Tim Roth

Durée : 1h52

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Tiro en la cabeza

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Il est des films comme ça qui ne semblent pas laisser de place à la modération ou à la tiédeur. Peut-être parce que ceux-ci ne prennent leur sens que dans l’extrémisme de leur offre. Cela semble être le cas pour Tiro en la Cabeza, véritable tremblement de terre lors de son passage il y a quelques jours au festival de San Sebastian. Non pas (seulement) en lui-même mais par le schisme évident qu’il a crée au sein de l’intelligentsia institutionnelle. C’est à cause de tout cela que la critique qui va suivre n’en sera pas vraiment une. C’est plutôt une réaction immédiatement postérieure au film, une dissection de l’évolution de mes sentiments pendant cette expérience, et dans les heures qui ont suivies. C’est pour cela que je vais respecter mon affirmation initiale: après quelques temps de réflexion, pas toujours reposée ni reposante, je me place du côté des détracteurs de l’oeuvre. Un rejet qui malheureusement grandit avec le temps…

 

Un exercice de style très risqué mais non exempt d’un certain attrait intellectuel. Une expérience éprouvante dont le malaise presque physique n’est pas la moindre des caractéristiques. Un film polémique qui ne laissera sûrement personne indifférent. Autant d’affirmations qui permettent d’entrevoir la dimension provocatrice de la dernière œuvre de Jaime Rosales, Tiro en la Cabeza, dont le film précédent, La Soledad, avait obtenu le Goya (César espagnol) du meilleur film en 2007.

Pour l’intérêt du spectateur et pour maintenir les conditions optimales de visionnage il suffit uniquement de savoir que Tiro en la cabeza parle du terrorisme au Pays Basque et, plus concrètement, de l’assassinat par trois membres de l’ETA, le 1er décembre 2007, de deux policiers espagnols dans le sud de la France (à Capbreton).

A partir de là, le film ne ressemble en rien à ce qu’on peut attendre. C’est un récit sur le langage, sur les gestes et les actions. Ce n’est pas par hasard si, la grande majorité du temps, la caméra suit à distance, dans un mélange de documentaire et de caméra cachée, la vie quotidienne d’un personnage dont on entend pas les dialogues. En effet, la bande son est entièrement composée de bruits parasitaires venus de l’extérieur (où se tient généralement la caméra) et, en tout et pour tout, le spectateur n’entendra qu’un seul mot, au moment de la conclusion. Après une période d’adaptation nécessaire, un trouble apparaît et les questions fusent. Qu’a voulu nous dire le réalisateur? Les hypothèses intéressantes sont nombreuses: que le discours est secondaire car il y toujours des hommes derrière… Qu’il importe peu en quoi (la langue étant importante au Pays Basque) et de quoi parlent les personnes, tout discours se valant… Que le bavardage extérieur empêche le dialogue…

Quoi qu’il en soit, jusque là, rien qui puisse déclencher une réaction viscérale mais plutôt une réflexion, extrême et peut-être gênante, mais une réflexion en fin de compte, sur la forme dans le cinéma contemporain ou sur l’intérêt de certaines techniques cinématographiques. Rosales, d’ailleurs, ne s’en cache pas qui affirme, avec fierté et un brin de défi, que son objectif reste «la possibilité d’explorer le langage du cinéma en cherchant de nouveaux chemins» et qu’il trouve sa dernière œuvre «très attrayante esthétiquement». 

C’est l’occasion, il est vrai, pour le réalisateur de revenir à une certaine idée du cinéma où celui-ci n’est pas subordonné à la littérature, c’est-à-dire à la parole. Le spectateur se surprend à suivre une histoire sans explications, en interprétant les actes et déduisant les conversations sans vraiment savoir ce qui se passe. Mais, quoi qu’en croit Rosales, finalement la technique reste tout ce qu’il y de plus classique: en suivant la vie quotidienne de l’homme, en voyant ses coutumes et ses goûts, on se rapproche de lui. Les plus sceptiques le maintiendront à distance, comme la caméra, et en feront un inconnu lambda. Les autres verront dans son insignifiance une preuve de normalité. Comme lorsque, dans le cinéma le plus conventionnel, une ligne de dialogue ou une réaction face à une action sert à avertir le spectateur du type de personnage auquel on a à faire (de la case où il faut le mettre: héros, méchant, dupe, romantique…). Et on se demande finalement si autant de préciosité n’est pas, en fin de compte, simplement de la poudre aux yeux.

Tout cela n’aurait presque pas d’importance, se limiterait presque à un débat stérile entre spécialistes si le spectateur ne découvrait pas, à la fin du film, qu’il a en fait suivi les monotones habitudes d’un des assassins de l’ETA. La scène finale, d’une violence logiquement et légitimement inhumaine, provoque effectivement un vif rejet à cause de l’impression d’équité qui règne entre les protagonistes. Non pas la scène en soi, qui a déjà de quoi choquer par son irruption ultraviolente dans un univers soporifique (mais cela reste le thème: la violence gratuite des terroristes), mais les raisons qui poussent le réalisateur à décrire, de façon muette qui plus est, les agissements triviaux d’un meurtrier. Car, pendant les très longues minutes qui précèdent le drame, le spectateur se demande pourquoi montrer avec une si grande insistance et un formalisme si cérébral la trivialité la plus absolue. Finalement, le message qui en découle (ou qui veut en découler), malheureusement, est celui de «l’humanité» cachée sous l’abjection (ou vice-versa). Et c’est justement cette naïveté humaniste qui est remise en question en Espagne depuis l’échec des dernières négociations avec le groupe terroriste.

Car quel est l’intérêt d’un tel engagement? Globalement (et pompeusement, on peut difficilement le nier…), montrer qu’un terroriste reste «un homme» ou se comporte comme tel à certains moments. Mais personne n’a remis cela en question…même les plus radicaux. Il faudrait plutôt rappeler aux terroristes que ceux qu’ils assassinent sont, eux aussi et surtout, des hommes. Car, par le meurtre, c’est l’assassin qui nie l’humanité de l’autre, jamais l’inverse. Dire que la vie d’un assassin inclut des moments de normalité ne semble pas une découverte. Dire qu’il peut sortir, se promener, boire un café avec un ami ou baiser après une fête reste l’évidence même. Nombreux sont les films qui ont traité le sujet (de mémoire, Frenzy ou L’ombre d’un doute de Hitchcock). Beaucoup plus intéressant serait de rappeler le contraire: qu’à cause d’eux, beaucoup de gens ne peuvent pas le faire.

Le film est donc essentiellement inutile et insignifiant. Car pour analyser une tautologie, une banalité, une lapalissade, le réalisateur use d’une vain maniérisme et d’une esthétique complexe qui n’est plus au service d’un sujet nuancé, mais tourne à vide vers une auto complaisance purement visuelle. Comme le dit si bien Antoine de Baecque, «tout n’est pas offert aux extravagances de la forme». On pense alors au fameux article de Jacques Rivette sur le travelling de Kapo («De l’abjection») où le critique avertissait déjà que, dans les cas qui nous occupent, tout dépendait du «ton, ou l’accent, la nuance, comme on voudra l’appeler », qu’il existait un danger dans ce formalisme autosuffisant. Comme il le rappelle, «il est des choses qui ne doivent être abordées que dans la crainte et le tremblement». Loin d’embellir l’atrocité (comme Kapo), Rosales veut transcender la platitude, comme si le seul fait «qu’il n’y ait pas de son permet[te] de radiographier la psychologie», comme il l’affirme. Ce n’est pas le cas et c’est sûrement une des raisons majeures de l’échec du film.

 

Il n’est pas de mon habitude de recommander la lecture d’autres critiques ou points de vue mais, profitant des joies de l’Internet et du fait que le sujet reste délicat, je renvoie pour ceux que cela peut intéresser et pour connaître d’autres avis sur le sujet à cette page où l’on peut retrouver quelques papiers des grands journaux nationaux :

http://www.rtve.es/noticias/20080924/rosales-enciende-polemica-san-sebastian/163129.shtml

 

 

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chacun-son-cinema

Il semble difficile d’imaginer un meilleur hommage au Festival de Cannes et à ce que cela représente pour le septième art. Exercice nombriliste, inutile, autosuffisant, élégiaque, nostalgique, hautain et excessif, Chacun son cinéma résume parfaitement à lui seul l’esprit du festival le plus médiatique d’Europe. Une collage hétérodoxe et souvent désunis de petits (très) courts-métrages (de trois minutes) réalisés par 35 cinéastes parmi les plus importants du moment pour célébrer le soixantième anniversaire de l’événement. Et comme dans le vrai festival on trouve de tout et, surtout, quelques perles qu’il ne faut pas rater.

Le thème abordé devait se référer, d’une manière ou d’une autre, à la salle de cinéma comme espace cinéphilique. Dans un contexte réunissant les gens du cinéma pour célébrer leur propre art, on ne sera pas étonné de voir apparaître les dérives dont ont accable souvent la profession et qui prennent leur ampleur dans un festival comme celui de la Côte d’Azur. Nostalgie d’un temps meilleur, mort de ce si jeune art, autoglorification, paillettes et exercices de style…Tout semble réuni pour se retrouver face à un objet affecté et creux, où les créateurs ne feraient que se soumettre à la dictature mondaine des anniversaires et à la commission de Gilles Jacob (Président du Festival de Cannes depuis 2001), promoteur de l’initiative.    

Et pourtant…le génie permet de changer la donne. C’est sûrement l’amour que ces gens là ont pour cet art qui rend leur travail attachant et, dans de nombreux cas, très intéressant. Comme pour le festival de Cannes lui-même, on hésite à tourner les yeux, on est absorbé par les stars sur la Croisette, par l’élégance et le symbolisme qu’il y a dans cette sorte de névrose collective. Il en va de même dans Chacun son cinéma : on jubile en retrouvant des vieilles séquences, on rie et on pleure en revoyant des gloires absentes du grand écran (on pense au clin d’oeil de Théo Angelopoulos dédié à Marcello Mastroianni), on sourit en imaginant ce qu’on a fait dans l’obscurité des salles, on admire la vénération, le respect et l’abnégation presque religieuse que peut provoquer le cinéma.

Si, en plus de tout cela, on ajoute une touche d’humour (le si beau fantasme de Lars Von Trier ou l’ironie de Takeshi Kitano) et une dimension ludique, le pari semble gagné. Il faut néanmoins se rappeler que nous ne sommes pas devant un film : l’agencement des épisodes, l’hétérogénéité des thématiques, une certaine idée du rythme, sont autant de défauts consubstantiels et nécessaires à cet exercice de style (c’est-à-dire le film à épisodes, un « genre » qui revient en force ces dernières années) qui ne « prend » que si le spectateur est captivé par le sujet principal.

En ce sens, et pour reprendre l’expression de Antoine Baecque dans son fameux article « Retour de cinéphilie » (Cahiers du cinéma, num. 460, elle-même reprise de Serge Daney), voilà un film pour cinéphiles mais aussi de (et pour) cinéfils, ces descendants qui n’ont pas connus les premiers temps de « la cinéphilie, qui est aussi une génération, » mais qui la vénère et ont décidé de préserver sa mémoire et de reprendre son flambeau.

Une chance que le Micec ait inclus ce film polyphonique dans sa programmation, même avec un an de retard sur sa sortie cannoise (de l’année dernière), car cela peut permettre d’élargir les adeptes de cette confrérie cinématographique.

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