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Archive for the ‘Cinéma’ Category

slumdog2Que peut-on dire de Slumdog Millionaire qui n’ait pas déjà été dit? Film révélation de l’année, meilleur film lors des Golden Globes et des BAFTA anglais, meilleur scénario adapté pour le syndicat des scénaristes (WGA), des acteurs excellents et frais, 10 nominations aux Oscars, dont celle de meilleur film…À l’heure où vous lisez ces lignes les résultats seront déjà connus et il est difficile de penser que le film ne soit pas le grand gagnant de cette 81e édition.

Car il a tout ce qu’il faut pour réussir: une histoire classique mais adaptée au goût du jour, une photographie époustouflante, une réalisation maitrisée et des acteurs attachants. Le récit est en effet d’une clarté et une simplicité presque intemporelle: la vie de deux frères qui se retrouvent orphelins et vont devoir lutter et se débrouiller pour survivre. Ajoutez à cela un conte de fée amoureux, toujours impossible, et le rêve de devenir riche (grâce au fameux jeu télévisée Qui veut gagner des millions?, version indienne) et vous retrouvez toutes les clés d’une épopée classique comme on en a toujours fait. Mais Boyle rajoute à cela une compréhension certaine de quelques techniques modernes qui donnent l’impression de se trouver devant quelque chose d’assez contemporain. Ainsi l’histoire n’est pas racontée de manière chronologique mais selon un jeu de « coïncidences » (concept très utilisé dans le cinéma actuel) où les surprenantes réponses du jeu télévisé s’expliquent par la vie du personnage. Il en va de même des scènes de poursuite ou de vie quotidienne qui empruntent souvent à l’esthétique fragmentée et raccourcies du vidéoclip. Un postmodernisme narratif au service d’une histoire universelle qui fonctionne à merveille. La dernière scène (retrouvailles et possibilité de devenir millionnaire) montre bien cette position ambigüe du septième art actuel, tiraillé entre un happy end classique et une fin alternative qui l’est devenue tout autant. Argent ou amour ? Les deux ? Aucun ? Faites votre choix mais peut-être n’y a-t-il pas de réponse…

Roméo & Juliet + Bollywood + La cité de Dieu + Dickens. Jouissif.   

 

Réalisateur : Danny Boyle

Genre : Drame

Acteurs : Dev Patel, Mia Drake, Freida Pinto

Durée : 120 min

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C’est la coutume des critiques de cinéma quand l’année touche à sa fin: les listes récapitulatives. En attendant de vous présenter ma liste prédictive pour 2009 (que je posterai dans pas longtemps), je me plie à la tradition et je vous donne ma liste des meilleurs films 2008. J’y ai inclus une “miniserie” de la chaîne HBO car les limites entre produit cinématographique et film conventionnel ne sont pas toujours claires. Surtout si l’on considère que le cinéma est en train de se développer grâce à des sentiers parallèles comme le DVD et Internet.

Quoi qu’il en soit, en cherchant bien dans mes souvenirs, je me suis rendu compte que, tout compte fait, ce 2008 ne marquera pas un avant et un après dans l’histoire du cinéma. Un bilan bien plat où ne ressortent vraiment que le dernier film des Dardenne et celui de James Gray. Il serait peut-être temps de se tourner vraiment vers le petit écran ou d’aller y chercher des sources d’inspiration.

 

Top 10 film 2008

 

1-     Le silence de Lorna de Luc & Jean-Pierre Dardenne

2-     Two Lovers de James Gray

3-     Generation Kill de David Simon

4-     Un Conte de Noël de Arnaud Desplechin

5-     Ploy de Pen-Ek Ratanaruang

6-     Hunger de Steve McQueen

7-     Valse avec Bachir de Ari Folman

8-     Shaking Tokyo de Joon-ho Bong, troisième partie du film collectif Tokyo!

9-     Gomorra de Matteo Garrone

10- I Don´t Want to Sleep Alone de Tsai Ming-Liang

 

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midkissfinal-2Il n’est pas toujours si facile d’assister insouciant aux projections de presse préparées avec soin par les distributeurs pour charmer les critiques. Il arrive qu’un film plombe d’entrée un radieux matin presque estival dans l’hiver barcelonais. Ce n’est pas toujours un mal. Mais la tristesse mélancolique, et quelque peu désespérée, du film encombre alors irrémédiablement une journée faite pour la joie indifférente. Avis donc aux amateurs : In search of a midnight kiss est une œuvre qu’il est préférable de voir «in the mood for blue», comme on dit. Mieux vaut éviter les dimanches solaires et choisir les vendredis plutôt mornes.

Car ce petit film touchant de Alex Holdridge distille une certaine angoisse recherchée, ce désespoir légèrement formel qui rappelle inévitablement Manhattan, de Woody Allen, ou A bout de souffle, de Godard. Ce dernier disait d’ailleurs (en parlant de Voyage en Italie) qu’avec un couple et une caméra on pouvait faire un film. C’est le cas ici où Wilson va vivre une rencontre amoureuse le soir de la Saint-Sylvestre, à la recherche de ce baiser de minuit qui permet de ne pas terminer l’année tout seul. Mais le film montre aussi une ville, Los Angeles, qui semble revenue de ses illusions. Non pas le Hollywood de A star is Born ou Pretty Woman mais plutôt de Mulholland Drive. L’envers de ce paradis qui jadis symbolisait tous les rêves; ce ressac de réalité après une nuit de vains espoirs. Car ce qui rend ce film vraiment contemporain c’est la fin du romantisme. En 2008-2009 les rencontres fortuites dans la rue, les soirées à refaire le monde, les désirs irraisonnés et irrépressibles sont autant d’aventures condamnées d’avance. C’est donc avec un fond de spleen que l’on suit l’épopée forcée et éphémère de deux jeunes texans paumés dans la ville et que l’on ressort de la salle sans vraiment savoir, à la fin, si ça valait le coup d’avoir commencé ce pseudo idylle.

Idéal pour ceux qui sont encore sensibles à la tristesse contradictoire d’une chanson heavy (le film se termine avec Wind of change), pour ceux qui aiment espérer, malgré tout, en ces temps désenchantés et pour ceux qui ont cherché à embrasser quelqu’un, à minuit, la nuit du 31 décembre. 

 

Réalisateur : Alex Holdridge

Genre : Comédie dramatique

Acteurs : Scoot McNairy, Sara Simmonds, Brian McGuire

Durée : 90 min

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burn-after-reading-posterUne comédie légère et amusante, caractérisée par le sceau très personnel des deux réalisateurs américains, et qui marque le retour des frères Coen après l’écrasant succès de No country for old men.

 

Comme ils l’avaient déjà fait après The Barber, les cinéastes offrent ici au public un changement de genre radical avec Burn after reading, une parodique histoire d’espionnage dont ils ont écrit le scénario au même moment qu’ils adaptaient à l’écran le livre de Cormac McCarthy.


Le résultat peut se résumer, sans trop de pertes, à la rencontre malheureuse entre un agent de la CIA, un mystérieux CD contenant des informations confidentielles et deux employés de gymnase. Le tout dans une ambiance de fond qui mélange des références volontairement évidentes aux films d’espionnages et aux comédies classiques de l’âge d’or de Hollywood.
Le rôle principal est tenu dans ce cas par John Malkovich qui joue Osborne Cox, un analyste qui travaille pour la CIA, et qui se retrouve subitement au chômage. Comme un malheur n’arrive jamais seul, dès son retour chez lui, il tombe en dépression et décide de rédiger ses mémoires pour mieux s’en sortir. Mais les relations avec sa femme (Tilda Swinton) sont houleuses, et celle-ci décide de divorcer pour pouvoir vivre librement avec son amant (Georges Clooney). Pour cela, elle enregistre secrètement un CD contenant les comptes de son mari qui va, par hasard, se retrouver entre les mains de deux pauvres employés d’un gymnase de banlieue, Chad (Brad Pitt) et Linda (Frances McDormand). Les choses s’enveniment alors quand ceux-ci décident de faire chanter Cox pour financer la chirurgie esthétique de Linda… Dès lors, le film va devenir une suite de quiproquos et de situations hilarantes où les frères Coen jouent avec toutes les dimensions de l’humour: de la satyre sociale à la farce sexuelle, en passant par l’humour noir le plus fin. Une bonne synthèse de la noirceur de Fargo et de l’insouciance de Intolérable Cruauté.

 
Comme dans tous leurs films, l’ironie et le second degré sont les armes principales qui servent à désorienter le spectateur et à maintenir le suspense tout au long de cette histoire sans queue ni tête. Une visite osée et incompréhensible à l’ambassade de Russie pour vendre les informations du CD, comme aux temps de la guerre froide, ou les explications vaseuses et surréalistes de la chaotique situation au chef de la CIA sont des purs moments de plaisir. Sans oublier cette scène où Clooney présente à son amante sa «chaise balançoire», version originale et sophistiquée d’un banal godemiché, et que les frères Coen s’amusent à filmer comme le prélude d’un drame (une cave sombre, musique angoissante, attente de l’objet…). Le spectateur jouit donc des extravagantes situations dans lesquelles se retrouvent cette belle panoplie de simplets qui traversent tous une crise personnelle, professionnelle, sentimentale ou sexuelle. Joel Coen a trouvé la meilleure manière de définir son OVNI cinématographique en soulignant que l’histoire se résume à la «CIA et au monde des gymnases; et à ce qui se passe quand ces deux mondes se croisent et collisionnent».    

Si la bonne fusion entre le personnage et l’acteur était déjà essentielle dans les plus grands films des frères Coen (on pense notamment à The Big Lebowski et à Barton Fink), l’interprétation devient ici le cœur de toute l’œuvre. Ce n’est pas un hasard si les cinéastes assurent «qu’ils ont tout de suite pensé à écrire des rôles pour des acteurs que l’on connaissait et qui pouvaient aller bien ensemble». Le pari est réussi et l’alchimie est palpable, surtout dans les nombreuses scènes humoristiques.

Les dons comiques de Clooney, que l’on connaissait notamment à travers les deux précédents films qu’il avait faits avec les Coen, ainsi que la froideur et le machiavélisme de Tilda Swinton (toujours excellente dans ce genre de rôles…), servent parfaitement à caractériser les personnages et l’ambiance. Il en va de même avec John Malkovich et Frances McDormand, qui poussent à l’extrême les possibilités dramatiques et satiriques de deux personnages perdus, mais dont les actions vont alimenter l’imbroglio. Toutefois, c’est surtout l’excellente performance de Brad Pitt qui déclenche les plus grands fous rires et les sourires les plus moqueurs.burn_after_reading_movie_image_brad_pitt

Qui a dit que Pitt n’était pas un grand acteur? Il est vrai que ses meilleures performances se limitaient essentiellement à des rôles sombres et torturés où il est plus difficile d’exceller vraiment. Mais sa prestation talentueuse était en grande partie responsable du surplus qualitatif de films remarquables comme L’armée des 12 singes, Fight Club, Sleepers ou L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Il ne faut pas oublier non plus que Pitt a toujours montré un intéressant recul sur lui-même avec des performances plus risquées, comme dans Snatch, la Trilogie Ocean’s ou l’épisode de Friends où il s’autoparodie. Il suffit de voir les réalisateurs avec lesquels il a tourné (Fincher, Spike Jonze, Soderbergh, Pakula, Gilliam, Redfort, Scoot et bientôt Terrence Malick et Darren Aronofsky), pour comprendre que l’on est devant un acteur qui apporte plus qu’un physique enviable.
Risque, donc, que Pitt s’amuse à dénigrer en affirmant que «ce rôle peut détruire une carrière». C’est le contraire qui peut arriver et, comme l’affirme Georges Clooney, «Brad dans le rôle d’un crétin va enchanter le public». Et il est vrai que son interprétation «d’un écervelé qui marche du chewing-gum, boit du Gatorate et reste collé à son i-Pod» (Pitt dixit) est jouissive et pourrait bien être l’amorce de rôles plus osés.
Rajoutons à cela Georges Clooney effectuant son jogging (offrant finalement une image où il est dénué de tout charme…), Malkovich son fitness et Pitt dansant de manière ridicule dans une voiture, et l’on obtient un tableau représentatif de l’univers disparate et anarchique du film.
A la question de savoir ce que l’on tire de toute cette affaire, que lui pose à la fin du film un agent de la CIA, le chef du service (seul personnage dont le cerveau semble fonctionner correctement), répond désabusé «Peut-être rien». Il a sûrement raison, mais pendant ce temps on s’est bien amusé…

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cinema_nantesLe succès incontestable de Pedro Almodovar (notamment en France, où il est adulé par la critique et les spectateurs) et l’internationalisation de quelques grands acteurs espagnols ces dernières années (on pense évidemment à Pénélope Cruz et au tout fraîchement oscarisé Javier Bardem) a peut-être éclipsé un phénomène nouveau pour le cinéma ibérique : de plus en plus de films s’exportent à l’étranger.

Il n’est plus inhabituel de voir les productions du pays voisin occuper une bonne place dans les salles françaises. Et pour cause, au moment où l’on parle ici de la crise du cinéma national, il est indéniable que le septième art espagnol se porte bien, en tout cas en termes de quantité de films produits. Si l’on excepte un bon nombre de films co-produits par des pays différents mais dirigés par un espagnol, comme beaucoup de productions de Alex de la Iglesia, dont le tout récent Crimes à Oxford et le populaire Un crime farpait.

Les salles françaises proposent en outre beaucoup de nouveautés venues de l’autre côté des Pyrénées : Mataharis, Les sept Vierges , L’Orphelinat (sorti il y a quelques semaines), Rec cette semaine, ou bientôt Dans la ville de Sylvia … Il semble ainsi que le marché se soit modifié ces dernières années, et que l’Espagne a désormais cessé d’être uniquement un pays consommateur, pour devenir un producteur de cinéma. Les chiffres sont assez significatifs sur ce point : selon le CNC, l’Espagne ne cesse d’augmenter le nombre de long-métrages qu’elle produit, et a presque doublé la quantité entre 1999 (82) et 2006 (150). Les recettes et les nombres d’écrans ont eux aussi connu une forte hausse. Pour la grande majorité de ces statistiques, l’Espagne se situe devant l’Angleterre et l’Allemagne (des cinématographies relativement faibles) mais, surtout, devant l’Italie, une référence du septième art européen.

Toutefois, ce boom n’est pas qu’une question de chiffres et de quantité : il s’agit davantage ici de qualité, le cinéma espagnol ayant su se diversifier de manière étonnante, et ne pas tomber dans les « dangers » d’une image stéréotypée qui exporterait de l’Almodovar de seconde catégorie. Un humour bien à lui, des histoires quotidiennes proches et bien ficelées, un cinéma d’épouvante très efficace et quelques grands créateurs dans l’ombre du maestro castillan, sont quelques clés de ce succès.
Ainsi l’Espagne a-t-elle emprunté une des formules qui a le plus réussi au cinéma français ces dernières années : la superproduction humoristique. Evidemment, chaque humour a ses caractéristiques et l’investissement n’est pas toujours aussi fabuleux que pour les sagas d’Astérix ou de Taxi, mais le cinéma espagnol a amassé ces dernières années de gros revenus grâce à ce nouveau genre. Pour certains films (comme la sagas de Torrente ou les héros de BD Mortadelo y Filemon) un style d’humour autochtone a fait que le triomphe fut plutôt national. Pourtant, d’autres créations, comme Un crime farpait, ont connu un bon accueil en France.cinema_espagnol

En plus de l’humour, le cinéma espagnol s’est aussi caractérisé ces derniers temps par la qualité de ses œuvres de suspense ou d’épouvante. Sa production cinématographique est devenue une référence en la matière grâce au fragile équilibre qu’elle a trouvé entre les grosses productions multinationales, comme les récents Labyrinthe de Pan (avec son casting relativement riche, et une partie de la production d’origine espagnole, même si le directeur, Guillermo del Toro, est mexicain) ou L’orphelinat ; et les produits moins commerciaux mais de grand mérite, comme Rec.

Le réalisateur de ce dernier film, Jaume Balaguero, est d’ailleurs représentatif d’une nouvelle génération de cinéastes et cinéphiles, maîtres des techniques cinématographiques classiques, et qui connaissent aujourd’hui une belle réussite. Le chef de file de ce mouvement demeure Alejandro Amenabar qui, après trois long-métrages marqués par le suspens (dont le second Abre los Ojos donna lieu à Vanilla Sky, la reprise américaine interprétée par Tom Cruise notamment), a connu un grand triomphe avec Mar Adentro, Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2004.
Un beau panorama se dessine donc, derrière la figure imposante de l’ultra médiatique Almodovar. Un de ceux qui vivent dans l’ombre du réalisateur castillan mais qui mériteraient sans doute davantage de « visibilité », est Julio Medem. En France, c’est dans Lucia y el sexo que l’on a découvert son monde onirique et féerique, une sorte de fable postmoderne et mystique. Il est vrai que ses œuvres sont d’un accès plus complexe, mais on se laisse souvent bercer par sa beauté et ses belles inventions formelles. On attend dans les salles, pour les semaines prochaines, son dernier opus Caotica Ana. Dans le sillage de ce cinéma plus intime et personnel, s’inscrivent aussi de belles réussites d’art plus réaliste et, quelquefois, dramatique. On pense à Isabel Coixet qui a réussi à être une des réalisatrices du polyphonique Paris Je t’aime grâce au bon accueil réservé à ses films précédents, Ma vie sans moi et The secret life of words. Mais c’est surtout Fernando Léon de Aranoa qui, avec une très fine pointe d’humour dans les situations les plus compliquées, excelle dans le genre. Toutes ses œuvres sont des incursions poétiques et justes dans la vie quotidienne de l’Espagne moderne : Familia, basée sur les problèmes de famille, Barrio, réflexion sur le nouveau phénomène des banlieues dans le pays ibérique, Los lunes al sol, ou comment contrecarrer les difficultés du chômage et Princesas, traitant du monde de la prostitution.

N’oublions pas l’apparition ces dernières années de plusieurs films remarqués dans les circuits moins fréquentés. Ainsi, les documentaires de José Luis Guerin (qui va sortir dans quelques semaines en France son nouveau film Dans la ville de Sylvia), les créations intimes et profondes de Marc Récha, dont Pau et son frère, présenté en compétition dans la Sélection officielle du Festival de Cannes en 2001, et le plus récent Honor de Cavalleria, de Albert Serra, qui faisait partie de la sélection officielle lors de la 38ème édition de la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes 2006.
cinema-nantes-2Il apparaît ainsi que, même si les spécialistes, comme presque partout ailleurs, parlent d’une crise du cinéma en Espagne, il existe pourtant de nombreux réalisateurs intéressants et suffisamment solides pour succéder à Pedro Almodovar. Une cinématographie multiple et complexe qui réussit à marier assez bien les genres que les sensibilités esthétiques. Pour le public français, le débarquement, ces derniers temps, d’une multitude de films espagnols, est l’occasion de découvrir cette richesse cinématographique plutôt méconnue. N’oublions pas que l’Espagne est le pays qui a remporté le plus d’Oscars du meilleur film en langue étrangère ces derniers 15 ans (trois statuettes exactement). Ce n’est plus un hasard.

Article originairement publié dans Iletaitunefoislecinema

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Critique Camino

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Laissons la polémique sur l’Opus Dei de côté, oublions le débat agité sur les croyances pour un moment, négligeons les circonstances dans lesquelles se déroule le drame. Si nous arrivons à cela, nous voilà simplement face à un «défi sans pareil», comme le décrit justement Ricoeur (dans Le mal, parfait contrepoint théorique au problème qui nous occupe): la souffrance immérité, injuste et arbitraire d’une jeune fille qui finira par mourir. Car, dans le fond, c’est de ça qu’il s’agit. Javier Fesser nous le fait savoir dès la première scène qui nous montre d’emblée la mort de Camino, la jeune fille en question. Puis flash-back, cinq mois en arrière. On se dit alors que l’on va logiquement assister au chemin qui mène à cette fin douloureuse. Et, en spectateur averti et blasé, on se dit que l’on ne va pas tomber dans les «pièges» narratifs que le réalisateur ne va pas manquer de nous poser.

Seulement voilà, Fesser fait partie de ces cinéastes doués, premier dans une classe imaginaire sur «Comment bien tourner un film?». Un peu comme Shyamalan pour le fantastique ou Allen pour l’humour. C’est pourquoi nous finissons par céder, un nœud à la gorge, à l’horreur que représente la souffrance sans raisons, la douleur sans cause. Une œuvre bien menée qui compte, de plus, avec quelques plans remarquables de justesse et de réflexion. On pense notamment à ce symbolique travelling inachevé (ou pas) qui suit le regard de Camino vers le canapé placé au pied de son lit. On ne saura jamais vraiment ce que chacun voit…

Mais, bien sûr, il y aussi l’Opus Dei. Car cette petite fille vit dans une famille très religieuse, élevée dans une dévotion extrême et entourée de personnes dédiées entièrement aux préoccupations chrétiennes. Mais cela reste marginal. Non qu’il n’y ait pas de remarques ou d’attitudes qui semblent incompréhensibles et choquantes, non que l’univers onirique et surréaliste de Fesser n’investisse pas entièrement le récit jusqu’à une scène finale provocatrice où se mêlent religion et rêves d’adolescent, mais cela ne cache pas la question principale. Cela provoque des troubles et des doutes (nécessaires et salutaires) mais qui n’auraient aucun intérêt si le réalisateur n’arrivait pas à nous intéresser à la question, à celle qui compte, celle que Ricoeur reprend des Psaumes et du livre de Job, celle de l’irréductibilité de la souffrance.      

 

Réalisateur: Javier Fesser

Genre: Drame

Acteurs: Nerea Camacho, Carmen Elías, Mariano Venancio

Durée: 143 min

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Voilà la critique complète de la deuxième partie du diptyque de Wayne Wang. A lire:
ici

 

Et pour les chanceux qui se trouvent dans la zone des Etats-Unis le film est visible de manière gratuite sur la nouvelle plateforme de Youtube (très intéressante de toute façon pour les autres vidéos aussi) ici :

http://www.youtube.com/ytscreeningroom?v=rKgbIz6CM_E

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